Diane Dufresne naît le 30 septembre 1944, à Montréal. La jeunesse de celle que l’on appellera affectueusement « La Dufresne » se passe en partie à l’intersection des rues Aylwin et Notre-Dame, dans le quartier montréalais d’Hochelaga. Puis la famille se déplace à ville d’Anjou. Elle est l’aînée d’une famille qui comptera trois enfants, soit Diane, sa sœur Carole, et son frère Gaétan.
Diane Dufresne fut une enfant très attachée à sa mère, une femme excentrique pour l’époque, actrice dans l’âme, qui se rendait à New York pour assister à des spectacles et dénicher de beaux vêtements. André Ducharme, ami de la chanteuse qui lui a consacré une biographie et quelques articles, décrit bien cette mère prénommée Claire :
« Imaginez des cheveux blond platine en coq, des robes avec du vison sur l’épaule, des chapeaux en satin mauve avec une grande plume blanche et des paillettes, des souliers mambo avec des talons en coquillage. Avant tout le monde, elle affiche des tenues calquées sur celles des actrices américaines, et à ville d’Anjou par-dessus le marché. [...] C’est une artiste aux mains magiques. D’un bout d’étoffe elle crée des œuvres d’art pour sa fille. Diane change de tenue deux fois par jour, porte des guêtres et des robes en nid d’abeille confectionnées maison, des chapeaux originaux. » [1]
Diane Dufresne a vécu une très grande complicité avec sa mère. La mère et la fille adoraient porter des chapeaux hors du commun, et elles allaient voir ensemble des spectacles au Théâtre Mercier. Impressionnée par ce qu’elle voyait, la jeune fille offrait en retour à ses parents de petits spectacles musicaux pour les impressionner. Malheureusement, l’année 1958 fut tragique pour Diane Dufresne, puisqu’un cancer emporta sa mère adorée, alors que cette dernière avait à peine 34 ans. Pour Diane, ce fut un choc terrible. Le sol se dérobe alors sous ses pieds.
« Elle était tout pour moi. Sans elle, la vie ne pouvait pas exister. Elle m’a tout appris. Elle m’appelait son ange gardien. Quand mon père me punissait et me faisait mettre à genoux, elle s’agenouillait à côté de moi parce qu’elle ne trouvait pas ça juste. » [2]
La mort de sa mère, alors que Dufresne n’avait que 13 ans, lui a-t-elle inculqué une immense envie de vivre ? Fort probable. Et difficile de ne pas y penser lorsqu’on lit le texte de cette chanson signée Luc Plamondon et Germain Gauthier, et que Dufresne interprétera plus tard de façon bouleversante.
J’ai douze ans, maman
J’ai pas peur du sang
J’suis plus une enfant
Pour qui tu m’prends ?
Faut que j’me dépêche de vivre ma vie maman
J’ai déjà trouvé mon premier cheveu blanc
Le père de Diane Dufresne était aussi un homme bien particulier. Courtier en assurances, Roger Dufresne avait la particularité de s’habiller de façon un peu voyante, car il était daltonien. Un autre excentrique dans la famille ! Amateur d’opéra, Monsieur Dufresne avait, comme sa fille, une belle voix dont il se servait pour fredonner ses airs favoris. Il chantait même à sa fille aînée la célèbre chanson Youkali de Kurt Weill, que Dufresne enregistrera des décennies plus tard.
Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali
Des rêves et de la folie, il y en aura beaucoup dans la vie de Diane Dufresne. Mais il y aura aussi de la douleur. Après celle causée par le décès prématuré de sa mère, elle vivra des années noires, car son père se remariera plus tard avec une femme stricte, plus sévère, qui exige que les enfants gardent le silence à la maison. Le contraste avec la mère naturelle est brutal. Diane Dufresne y voit même la source de ses bégaiements de jeunesse. Les souvenirs associés à cette belle-mère sont très pénibles, et expliquent pourquoi Dufresne n’a plus jamais voulu être contrôlée par qui que ce soit.
« Je pourrais en parler pendant des heures de tout ça. Même si cela paraît incroyable, inventé. On était puni pour trois jours si on touchait à la tranche de pain en dessous de celle qu’on prenait ! En faisant la vaisselle, il fallait essuyer entre les dents des fourchettes ! [...] À 17 ans, imagine, il fallait que j’aille lui demander pardon sur le balcon, devant les voisins. À genoux ! Je voulais la tuer, la poignarder dans le dos avec un couteau de cuisine ! Je voulais mourir, me suicider... Mon frère ne s’en est pas sorti. À la fin, il restait assis sans rien faire puis, brusquement, il donnait un coup de poing sur la table et partait à rire... Tu sais, la chanson Le parc Belmont, ça existe ! Mais mon frère est le plus beau fou de la terre... » [3]
Pendant que cette relation conflictuelle perdure, Diane Dufresne se sent comme dans un tunnel sans issue. Et pourtant, une lumière finira par poindre à l’horizon.
Notes:[1] Diane Dufresne : Cendrillon Kamikaze, pp. 32-33
[2] Diane Dufresne : Cendrillon Kamikaze, p. 39
[3] Châtelaine, septembre 1982
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