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Peinture

Par André Royer

La présence de Dufresne sur scène est si forte, ses chansons ont tellement marqué la francophonie, qu’il est difficile de l’imaginer autrement qu’en diva de la chanson. Et pourtant, Diane Dufresne est une artiste passionnée des arts visuels. Elle peint depuis fort longtemps.

« Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours eu à portée de la main des cahiers à dessin. Chaque vendredi, à l’école, j’étais chargée d’égayer le tableau noir. J’adorais créer des scènes pour Noël, Pâques. Ma mère, qui était atteinte d’un cancer, ne dormait pas beaucoup la nuit. Je me levais pour être avec elle, et nous passions des heures à nous amuser avec des albums à colorier et des crayons Prismacolor qu’elle m’achetait à New York. Elle m’a appris, entre autres choses, que je pouvais appliquer du bleu sur les cheveux. C’était un premier pas vers la liberté. Toute jeune, je voulais devenir dessinatrice de mode. J’inventais des robes et des chapeaux pour mes poupées, je découpais le mobilier dans les catalogues Eaton, et je donnais des spectacles dans des boîtes de “cartron”. J’ai longtemps confectionné mes cartes postales, dessiné mes lettres... » [1]

Durant la décennie 1970, alors que sa carrière de chanteuse bat son plein, alors qu’elle accumule les succès et touche presque au sommet, Dufresne se fait humble et elle décide de suivre des cours de peinture. Elle qui n’avait jamais imaginé se présenter à l’École des beaux-arts, se pointe plutôt au Collège Notre-Dame. Pourquoi à ce collège ? Parce qu’un professeur de peinture avait affirmé publiquement qu’il écoutait Diane Dufresne lorsqu’il peignait. Et il appréciait la chanteuse parce qu’elle se renouvelait constamment.

Ce professeur, c’était le frère Jérôme. Cet artiste pédagogue fut tellement important dans la vie artistique québécoise, et dans celle de Diane Dufresne, qu’il est utile de s’y attarder quelques instants.

Joseph Ulric-Aimé Paradis est né en 1902 et est décédé en 1994. Il a pris le nom de frère Jérôme lors de son entrée dans la communauté des frères Sainte-Croix, alors qu’il était âgé d’à peine 15 ans. Devenu professeur d’arts plastiques au Collège Notre-Dame, le frère Jérôme s’est passionné pour l’art contemporain et a côtoyé l’avant-garde québécoise. C’est ainsi qu’il fréquentera Paul-Émile Borduas, Fernand Leduc et Jean-Paul Mousseau. En 1948, des artistes, avec Borduas en tête, signèrent le Refus Global. Bien que partageant leurs opinions, le frère Jérôme ne signa toutefois pas le manifeste.

Peintre de talent, mais aussi et surtout pédagogue remarquable, le frère Jérôme offrit des ateliers de création dès les années 1950. Peu à peu, ces cours devinrent connus sous le nom del l’Atelier du frère Jérôme, dans un local qui était situé à l’arrière du Collège Notre-Dame. Des gens de tous les horizons se présentèrent à cet Atelier, où prévalait un climat d’ouverture d’esprit et de liberté artistique. Parmi ceux qui fréquentèrent ce lieu, rares sont ceux qui ne vouent pas une grande admiration au frère Jérôme.

Ainsi, Diane Dufresne fréquenta l’Atelier du frère Jérôme pendant une dizaine d’années. Le message du pédagogue à la chanteuse était tout simple : « Ne pense pas, peins comme ça vient. » [2]

Elle eut également le privilège de recevoir les conseils d’une de ses idoles, le peintre automatiste Fernand Leduc, lui aussi signataire du Refus Global. Outre ce dernier, les influences de Dufresne sont Jackson Pollock, Jean-Paul Riopelle, Kandinsky, Picasso, Francis Bacon, parmi tant d’autres.

En peignant, Dufresne a trouvé le moyen de s’évader, d’oublier l’angoisse si présente dans sa vie.

« Pour moi, c’est un renouveau. Je réalise un vieux rêve. C’est aussi fort que la musique. Bizarrement, je trouve là de la légèreté. Je peins pendant des jours, sans manger, sans dormir, jusqu’à l’épuisement. Je me laisse guider par l’instinct. C’est merveilleux. C’est pour ça aussi que je suis bien vivante. » [3]

« Si je n’avais pas la peinture, je serais sans espoir. Peindre, c’est ma survie. » [4]

Dufresne a été très réticente à exposer ses toiles. C’était son jardin intérieur. Elle le fait d’abord sur son site Web. Ensuite, le Musée de la ville de Lachine lui propose d’exposer son travail en 1998. Puis, elle se décide à exposer 85 peintures et dessins tout près de son quartier d’enfance. L’exposition a lieu dans le chic Château Dufresne, construit entre 1915 et 1918 par les frères Oscar et Marius Dufresne, les importants notables de la Cité de Maisonneuve.

Elle présente également ses toiles dans une galerie de Westbrook, au Connecticut, et dans une importante galerie parisienne.

On ne sait jamais après un concert de « La Dufresne » si ce concert sera son dernier. Peut-être abandonnera-t-elle un jour la scène ? La peinture, par contre, semble être une compagne qui ne la quittera jamais :

« J’ai hâte de voir exploser sur la toile le volcan que je sens en moi. C’est comme une boule de douleur, que la chanteuse n’a pas réussi à expulser complètement. Ça prend beaucoup de temps pour extirper de soi un petit bout de l’essentiel. Avec la peinture, et avec le temps, j’espère arriver à l’exprimer. [...] Je sais que c’est la peinture qui va m’apporter la paix et la sagesse, pas la musique. Il paraît que l’on reste sur terre tant que l’on a quelque chose à faire et que l’on vieillit plus longtemps quand on peint. Moi qui ai longtemps cru que j’allais mourir à 33 ans. » [5]

Notes:

[1] Sélection du Reader’s Digest, janvier 2002

[2] L’actualité, 15 octobre 1993

[3] Le Journal de Montréal, 4 mars 2000

[4] Sélection Reader’s Digest, janvier 2002

[5] Sélection du Reader’s Digest, janvier 2002



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