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Morceaux choisis

À propos de la création

 

« [...] si, dans mon spectacle, on ne voit que l’argent, là, j’ai un problème. »

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« Donc, je me sens fort de ce que nous avons créé [...] et je dis aux artistes : “notre seule force c’est le public [...].” Parce que chaque fois qu’on fait un pas dans l’inconnu, tout le monde a peur, même ceux qui se disent grands visionnaires. Tout le monde a peur. »

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« Je ne peux pas ne pas construire, j’ai besoin de construire à long terme, j’ai besoin d’un projet de fond pour pouvoir faire les autres petits projets. Ça ne m’intéresse pas de faire joujou avec la mise en scène [...] ».

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« [...] dans le spectacle vivant, il faut absolument que l’aventure humaine soit à l’origine du - j’ai envie de dire - du message que l’on veut passer, de l’émotion qu’on veut passer aux spectateurs, sinon, c’est factice, moi, ça ne m’intéresse pas en tout cas, je ne peux pas travailler comme un metteur en scène démiurge qui ordonne les choses. Non, je travaille plutôt comme, disait Peter Brook, un capitaine qui doit tenir le cap. C’est ça qui m’intéresse. »

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« Après avoir fait une expérience dans le théâtre plus traditionnel, je m’y suis senti très mal à l’aise. [...] Je ne pouvais pas comprendre comment il était possible de monter un spectacle de Bertolt Brecht et de ne pas avoir une pratique, une démarche qui, d’une certaine manière [...] soit en adéquation avec le soi-disant message que l’on veut passer aux gens. Donc, ça, je pouvais pas comprendre. »

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« Et donc, j’ai fait le pas, j’ai quitté le théâtre traditionnel pour aller vers le théâtre du Campus, le théâtre engagé, théâtre qui faisait du théâtre avec des non-acteurs. Donc, je me suis intéressé à ce non-public. Parce que je me suis dit que la meilleure façon d’amener les gens au théâtre, c’est de faire du théâtre avec eux. Ils vont apprécier ce qu’est le théâtre et ils vont pouvoir aller au théâtre. On va démythifier ce qu’est le théâtre aussi et le démystifier en le faisant. Et en le faisant, parce que chacun de nous, nous sommes les ferments d’une histoire, nous sommes l’embryon d’une histoire. Et je pense que raconter son histoire, c’est déjà prendre possession de sa destinée, et donc, c’était ça, le théâtre du Campus. C’était raconter les histoires des individus pour qu’ils prennent possession de leur destinée. Et c’est de mettre ça en forme pour pouvoir le présenter à leurs semblables et aussi aller jouer n’importe où en racontant une histoire qui est leur histoire. »

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« J’ai très vite aussi appris et compris [...] qu’il ne fallait pas, parce qu’on privilégiait le fond, négliger la forme. Parce que le théâtre bourgeois, lui, s’était emparé de la forme théâtrale, et savait comment on pouvait faire du théâtre beau. Alors, moi, il y a une chose que j’ai très vite refusée - parce qu’il y avait d’autres troupes qui faisaient le même type, qui avaient le même type de démarche - j’ai refusé parce que c’était des exclus, d’excuser [...] la mauvaise production. La médiocrité dans la forme. »

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« Et, bizarrement, une petite idée qui était là au début et que l’on a enfouie ou écartée pour explorer des sentiers moins battus [...] bizarrement, on revient à cette idée qui était inscrite sur un petit bout de papier [...] parce que je pense qu’elle n’était pas là de manière fortuite, elle était là parce qu’elle avait été certainement passée au tamis de sa propre réflexion, de ses propres rêves, de ses propres intuitions pendant des mois et des mois et des années peut-être avant pour que cette petite idée sur ce bout de papier, finalement, s’impose malgré sa propre volonté. »

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« Je pense que la création, ce n’est pas ça non plus. Ce n’est pas entretenir le doute, mais c’est de travailler avec le doute. On ne peut pas préméditer de la fin tant qu’on n’a pas parcouru le chemin. »

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« “La première fois que des mains se rencontrent devant un de mes spectacles, c’est la fin de mon travail.” Or, à la fois, on aspire à cette appréciation, libération, je ne sais pas comment on pourrait appeler ça, où ces spectateurs sont fous de joie, et ils applaudissent parce qu’ils aiment, mais à la fois, c’est le signe d’une fin, d’une certaine manière. C’est terminé. Mon travail est terminé. [...] Je n’aime pas terminer quelque chose, terminer une histoire, parce que j’ai l’impression que c’est toujours devoir partir. »

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« La plus belle chose dans un processus de création, c’est le chemin que l’on fait l’un vers l’autre entre concepteurs. Et quand on parvient à toucher et à créer, donc, l’univers commun qui va être... qui va être celui qu’on va partager pendant des mois, c’est magnifique, parce que, là, on n’a plus besoin de mots, on se comprend très, très vite. Et un spectacle, c’est comme un pays qu’on traverse ensemble [...] et dans lequel on décide de voyager ensemble. »

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« Chaque fois que je me vois refaire des choses que j’ai déjà faites, je le sens tout de suite, c’est musculaire, c’est physique, j’ai mal de le refaire. »

 

À propos de la vie et de la mort

 

« Quand on est en création, un spectacle - en tout cas dans ce que moi j’ai fait, pour ce qui me concerne - je pense que vraiment on consomme ou consume la vie par les deux bouts et qu’on perd quelques années de sa vie quand on a fini un spectacle. Il y a quelque chose qui est changé [...]. Il y a quelque chose qui vous a atteint [...] on a pressé le fruit, on a vraiment donné de soi-même et on a traversé - c’est ce qui est merveilleux - on a traversé tout le spectre des émotions et donc, de la peur aussi. »

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« Mais je pense que cette idée, cette piqûre de l’éternité, tout vient de ça. Le privilège dont je parle, c’est ça, c’est le sens, l’idée du sens que l’on donne à sa vie, l’idée du sens que l’on recherche [...]. Il arrive des moments - je ne sais pas si ça vous arrive - il arrive des moments, mais ce sont des fractions de millième de secondes où tout d’un coup, j’ai l’impression que, oups, je comprend l’univers [...] tout d’un coup, je comprends [...] c’est un millième de secondes, je veux dire, tout d’un coup, on a l’impression d’une sérénité [...] cosmique.

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« J’ai eu très tôt conscience de l’idée de la mort. [...] Je dirais même avant d’arriver ici en Belgique, donc avant l’âge de sept ans, cette idée de la mort, je m’en souviens même. Et, oui, c’est une façon de conjurer [...] c’est mon antidépresseur, c’est ma drogue à moi ce travail qui fait qu’à un certain moment on touche à cette saveur d’éternité et qu’on conjure la mort des autres. Je pense que je suis effrayé par la mort des autres et, bizarrement [...] lorsque cette personne physiquement disparaît, j’ai l’impression de ne pas en être conscient. »

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« Et donc, notre travail de créateur dont on parlait tout à l’heure qui était un peu de décoder, même parfois d’anticiper sans le savoir, c’est aussi, à certains moments peut-être, de mettre le doigt sur les contradictions de notre société. Et combien de parents ne voient-ils pas leurs enfants mourir. Et nous voyons tout ça, nous regardons tout ça, nous lisons tout ça, et ça devient... ça devient de plus en plus difficile de s’indigner tellement on banalise l’image de la peine, de la violence, de tout. De l’amour. Tout est [...] laminé. Et ça devient très difficile de vivre cette symphonie qu’est la vie. »

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« “Est-ce que j’ai encore de l’audace ? Est-ce que je suis encore suffisamment [...] vivant, effronté pour être vivant, impertinent ? Est-ce que je suis encore impertinent, qui est un ingrédient incontournable aussi pour la création.” Évidemment, je me pose toutes ces questions. Mais, je pense que le capital, petit à petit, fait place aussi à la recherche d’une certaine sagesse. Je pense que l’idée de la sagesse est quelque chose qui, pour moi, est plutôt dynamique, pas quelque chose de poussiéreux [...]. »

 

À propos du sacré

 

« Et je pense que le spectacle vivant, aujourd’hui plus que jamais, est un besoin extrêmement nécessaire parce que sinon on va mourir de solitude avec des écouteurs sur les oreilles [...] Donc, je pense que le spectacle vivant, oui, est un rituel, je dirais nécessaire à la vie même. »

 

À propos de l’identité

 

« “Et tu es un homme mon fils, [...] j’ai confiance en toi, je sais que toi tu vas être mon libérateur.” Parce que [...] j’ai toujours pensé ça, parce que quand je remonte dans les générations précédentes et je pense à mes grands-parents, je pense aux parents de mes grands-parents et, en fait, je pense que [...] on est libéré de nos chaînes grâce à la génération suivante. Je pense que moi, j’ai été, j’ai contribué à libérer mon grand-père de son état d’ouvrier agricole. »

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« Je suis arrivé ici avec toute mon histoire, qui dépassait d’ailleurs ma vie, l’histoire de mes parents et d’avant mes parents, et puis j’ai cohabité avec une culture et des cultures ici qui, je pense, ont formé mon regard et ma lecture de la vie. »

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« Je suis un sédentarisé insatisfait, je vous dis, malgré que c’est aussi la source de notre nostalgie, je suis toujours en manque de quelqu’un. Quand on est nomade, on est toujours en l’absence de quelqu’un et c’est quelque chose qui [...] qui est inscrit en moi, ça, cette absence de quelqu’un. Je suis toujours loin au moins d’un ami. »

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« [...] nous devons absolument, absolument cultiver, souligner, respecter l’intégrité de ces nuances culturelles, de ces cultures. Nous ne pouvons pas nous accaparer de tout et faire un melting pot, lancer ça en l’air, et puis quand ça retombe, ça fait une espèce de pizza où on met tous les légumes dessus. Non, il faut respecter la saveur de la pâte, de la tomate, il faut respecter la saveur des différentes cultures qui existent. »

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« Le Cirque [du Soleil] a été l’expression de ma vie. Évidemment, d’une vie collective avec mes collaborateurs, mais [...] j’étais le filtre de ce qui se passait sur la planète, j’étais une espèce de caisse de résonance, de traducteur, de transmetteur, de partageur, si je peux dire. »

 

À propos de l’amour

 

« Lorsqu’on réussit à faire couler une larme aux spectateurs dans un spectacle vivant, dans un show, comme on dit, je pense que là, on a atteint vraiment une relation particulière avec le spectateur qui a quelque chose à voir avec la relation amoureuse. »

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« [...] En fait, la peine d’amour, c’est quoi ? La peine d’amour, ce n’est pas la séparation. La peine d’amour, c’est comment on pratique la séparation. C’est ça, la peine d’amour. [...] des gens qui se séparent, ça arrive tout le temps. Mais, le problème, c’est après, justement, comme dit Godard : “C’est toujours à la fin que ça commence.” C’est là qu’on commence vraiment l’histoire, c’est là qu’on commence à voir finalement si on a bien vécu cette histoire d’amour. »

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« Cette envie de se communiquer et d’être apprécié par l’autre, par les autres parce que, comme dit Peter Brook : “Les hommes... le rituel du théâtre, c’est le moment où des gens se rencontrent.” Cette rencontre [...] c’est quelque chose d’extraordinaire. [...] le théâtre en tant que tel, c’est : tu dois te lever pour te raconter. Comme dans une relation amoureuse. Enfin, c’est la même chose. Si dans la relation amoureuse, tu dois t’investir pour te raconter. Si tu ne te livres pas, ça ne marche pas. »

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« On ne prend plus le temps de dire “je t’aime”. Nous sommes comme tous hagard comme ça dans nos ornières et nos œillères, et on ne se regarde plus. »

 

À propos du temps

 

« Je pense réellement que c’est un privilège de pouvoir être dans une source, dans un processus de création parce que c’est des moments où vraiment on a l’impression d’être le maître du temps, c’est-à-dire de toucher à des petits bouts d’éternité. C’est notre seule façon, je pense, de toucher à cette saveur qu’est l’idée de l’éternité. »

 

À propos de la société

 

« Aujourd’hui, où que l’on aille, tout le monde s’habille de la même manière. Je pense qu’il faut faire attention à ça. Je pense que la beauté d’un monde, c’est la diversité, c’est la rencontre entre différentes origines, c’est ce métissage, cette cohabitation avec le respect de chacun, cette cohabitation qui fait qu’on peut vraiment vivre l’enchantement. Et moi, c’est ce que j’aime. Le cosmopolite, l’éclectique, tous ces mots en “ique” et qui résonnent de mélanges et de diversités, c’est quelque chose qui me touche très fort. »

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« Je suis tout à fait contre l’homogénéisation et contre l’uniformisation. La richesse et l’enchantement ne [viennent] pas de là. Et pour ce qui est de parler de la mondialisation, je pense que tous les immigrés que nous avons été - nous avons été un peu les précurseurs, les éclaireurs de la mondialisation. »

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« Moi, j’ai une arme que je défends [...] Je pense [que]notre seule arme de résistance, c’est la poésie. Je pense que ça ne peut être que ça. »

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« Si on n’a pas cette ambition de changer le monde, on ne génère rien [...] il n’y a rien qui puisse se passer [...]. Dans notre responsabilité de saltimbanque, c’est encore ça que j’y mets, c’est cette envie incontournable de vouloir changer le monde. Et cette ambition doit être grande pour pouvoir avoir peut-être des tout petits succès quotidiens l’un après l’autre, des tout petits pas. Mais si on n’a pas cette grande ambition, même les petits pas ne seront pas possibles. »

 

À propos de l’échec

 

« Je ne réinvente pas la roue, j’essaie d’aller juste un peu plus loin, j’essaie de corriger mes erreurs, en fait. Mon travail, ce n’est que ça, c’est de corriger mes erreurs du passé. »

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« J’ai toujours dit : “la notoriété, il faut savoir bien l’utiliser, il faut justement l’utiliser pour peut-être essayer de changer notre vie.” Et c’est vraiment à ça que je m’adonne et c’est pour ça que, pour boucler la boucle aussi, c’est pour ça que nous sommes condamnés au succès pour ne pas décevoir et décourager toute une région [La Louvière] qui en a besoin. »