Le plugiciel Flash n'est pas installé, n'est pas activé ou bien vous avez désactivé l'exécution de JavaScript dans votre fureteur.

Morceaux choisis

À propos de la création

 

« Je crois que rester curieux, c’est ça qui permet d’avoir l’esprit ouvert à tout ce qui est en train de se passer. »

*******

« Je pense que l’angoisse crée la volonté de laisser quelque chose dans sa famille, dans ses amis, dans son métier, dans son entreprise, dans sa communication, dans son art, dans sa musique. Je pense que cette angoisse est génératrice de création et de créativité. »

*******

« Un artiste est un passeur d’informations. Un artiste vous fait voir la nature avec ses yeux d’une manière différente. Un scientifique qui communique essaie de faire comprendre aux gens la nature avec des yeux et les mots qu’il utilise, et les métaphores qu’il utilise. »

*******

« Création, gestion de temps. Gestion du temps et création. On n’a qu’une vie. Une vie. Autant faire de cette vie un original, pas une copie de la vie de quelqu’un d’autre. Une œuvre. Sa vie, c’est un travail qu’on fait pour soi et pour les autres, on fait une œuvre, une œuvre artistique de sa vie, si on peut, quelque chose qui reste, qui soit unique. Et je pense que cette notion de création du temps, création de la vie, création des idées, création de sa relation aux autres est absolument essentielle, comme un artiste qui crée, comme un musicien, et comme un scientifique. Et je pense que cette notion de création, elle peut être dans toutes les échelles de la société, la création peut être dans un jardinier qui fait des belles fleurs et qui hybride des fleurs. La création peut être dans une mère de famille qui va apprendre à ses enfants une façon différente de la manière dont elle a été éduquée. La création est dans le petit prof de la petite classe qui va aider ses élèves à comprendre le monde dans lequel ils vivent, partout. C’est la création qui est absolument essentielle. »

 

À propos de la vie et de la mort

 

« L’enjeu, aujourd’hui, ce n’est pas de vivre vieux. Ce n’est pas intéressant de vivre plus vieux. Ce qui intéressant, c’est de vieillir jeune, ce qui n’est pas du tout pareil. Vieillir jeune, ça veut dire garder toutes ses potentialités tard, alors que vivre plus vieux, c’est un sentiment de décrépitude et de décadence. »

*******

« Je ne pense pas que la science est celle en mesure de nous aider à construire du sens, parce que je pense profondément que le sens, c’est une reconstruction par soi-même des informations que l’on reçoit - les philosophes, la science, les environnements, son expérience, les gens autour de soi, les relations -, et c’est de tout cela qu’on va tirer, en fonction de ce qu’on pense qu’on est, en fonction de ce que l’on voudrait être, le sens qu’on donne à sa vie. »

*******

« Les gens voient la vie comme un escalier qu’on descend vers un trou qui s’appelle la tombe, on tombe dedans, on est mort, on vous enterre. Pas du tout ! La vie, c’est un escalier qu’on monte et chaque marche est encore plus passionnante que celle qui est derrière puisque c’est du temps investi qui s’accumule sur cette marche. »

*******

« La retraite, c’est le pire des trucs ! La retraite, c’est une transition, ce n’est pas un arrêt. Dès que les gens partent à la retraite, les statistiques le montrent, il y a une courbe de vieillissement et d’accélération du vieillissement absolument incroyable. »

*******

« Alors, il y a trois choses pour vieillir moins vite, pour s’oxyder moins vite, il y a trois choses simples. C’est l’alimentation, l’exercice et la résistance au stress. C’est aussi simple que ça. »

*******

« Je ne sais pas du tout ce qu’il y a de l’autre côté. D’ailleurs, ça ne me préoccupe pas tellement. »

*******

« Je pense que vouloir vieillir, vouloir rester longtemps, vieillir jeune, d’une part, mais en donnant aux autres le plus possible, ça maintient la volonté de continuer. »

*******

« La gestion du temps pour les autres et pour soi permet de donner vraiment du sens à sa vie. »

*******

« Je n’aime pas parler de gain de temps. Je vais vous dire pourquoi. Pour moi, il ne s’agit pas, avec tout ça, de gagner du temps puisque, de toute façon, l’échéance est toujours la même, c’est la mort. Bon. Il ne s’agit pas de gagner du temps. Gagner du temps sur quelle échéance ? Il s’agit d’investir du temps pour faire en sorte [d’entretenir en permanence] son capital-temps, qui est représenté par les bibliothèques, qui est représenté par un carnet d’adresses, par des favoris sur Internet, savoir se servir de Google, son réseau humain de travail avec vous, de sous-traitance, de délégation, de collaboration. »

*******

« Il y a aussi, de plus en plus, l’importante de l’épigenèse, c’est-à-dire qu’est-ce qui se passe entre les gènes et l’expression, et les comportements. Et ça, c’est absolument fascinant parce qu’on s’aperçoit que l’on peut corriger certains éléments dont on a hérités, à la fois par son éducation, par ses gènes, par son comportement exercice, alimentaire et même psychologique. »

*******

« Il y a des gens qui choisissent leur mort, je ne sais pas comment, par quel miracle, ils décident d’arrêter, sans prendre quoi que ce soit. »

*******

« Ça saisit, c’est un choc énorme, une perte d’un parent qu’on aime, c’est énorme, mais en même temps, c’est une reconstruction de soi. »

*******

« Je pense que l’activité intellectuelle et physique est essentielle pour la longévité, quelle qu’elle soit. On peut faire un travail rémunéré ou un travail de collecteur de timbres ou de jardinier. Mais l’activité est absolument essentielle. »

 

À propos du sacré

 

« Je ne crois pas au sens plaqué. En lisant un philosophe, il y a des merveilleux livres de philosophes qui vous disent comment être heureux, “vivez le bonheur”, [ils] vous disent, mais d’une façon formidable, d’essayer d’éliminer toutes les tendances autour de soi, nocives, pour se comprendre soi-même. Très bien. Mais je pense que ça vient d’une reconstruction du sens par soi, c’est celui-là, le vrai sens que l’on peut donner à sa vie. Ce n’est pas facile, c’est un travail constant. »

*******

« Alors, l’âme, j’aimerais bien savoir ce que c’est, mais disons que c’est quelque chose qui nous élève, qui nous rend plus grand. Tout ce qui monte converge. S’élever pour mieux voir, relier pour mieux comprendre. C’est ça qui est important, relier. Relier. Donner et relier. Je pense que beaucoup de gens vivent dans l’égoïsme de leur savoir, de leur pouvoir, de leur argent, de leurs possessions. Mais quand on meurt avec son savoir, son pouvoir et sa possession, on meurt très vite et on meurt mal. »

*******

« La religion ne m’aide pas trop telle qu’elle est, c’est-à-dire telle qu’elle est pratiquée, utilisée, dogmatisée. »

*******

« Nous avons besoin, pour donner du sens à notre vie, d’avoir des modèles philosophiques, des modèles religieux pour ceux qui peuvent croire ou ceux qui peuvent lire de la philosophie complexe, et puis des modèles beaucoup plus instantanés que sont les modèles médiatiques des grands acteurs, des présentateurs de télévision. »

 

À propos de l’identité

 

« Moi, ce qui m’intéresse, c’est l’homme, l’humain, la société, l’avenir de l’homme. C’est pour ça que je dis que je suis un technologue humaniste, je m’intéresse aux technologies dans la mesure où la société se réapproprie certaines technologies - pas toutes les technologies - pour changer soi-même et se modifier. »

*******

« Je ne suis pas du tout pour les logiques binaires, je suis plutôt pour des logiques complémentaristes, je ne suis pas pour la logique du ‘’ou’’ : ou c’est ça, ou c’est ça. Je suis surtout pour la logique du ‘’et’’. Ça peut être à la fois pernicieux pour l’avenir de l’homme et, en même temps, extrêmement utile pour l’homme. Donc, moi, j’essaie toujours de me situer dans cette espèce de frontière entre les deux, le tout catastrophique ou la promesse naïve et optimiste d’un avenir radieux. »

*******

« J’ai toujours eu la volonté d’expliquer, je me suis toujours senti un prof, j’ai une vraie vocation de professeur, et ça se retrouve dans les livres, dans les films, dans les émissions de radio, dans tout ce que je fais, les dessins animés - j’ai fait des dessins animés, j’ai fait des kits éducatifs. J’ai cette passion d’utiliser des moyens différents pour faire comprendre. Et je pense que la compréhension, aujourd’hui, elle est multidimensionnelle, elle n’est pas seulement linéaire dans le texte. Bien sûr, les phrases, c’est très utile, mais les phrases plus Internet, plus le multimédia, plus la vidéo, plus le son, tout ça ensemble. »

*******

« Je revendique le fait que je me suis trouvé une adéquation entre trois mondes qui sont les miens : le monde de la recherche et de la science, le monde de la communication et des médias et le monde de l’industrie et du faire, c’est-à-dire, en fait, de passer de la théorie à la pratique. »

*******

« Les outils nouveaux - le téléphone portable, les prothèses qu’on a créées, l’ordinateur, l’Internet, la mémoire de Google - nous changent, on est déjà des mutants. »

*******

« J’ai toujours été passionné, intéressé par ce qui est multidimensionnel, c’est-à-dire les approches multiples, pas seulement la science, mais aussi l’art, pas seulement l’art, mais aussi l’art de la musique, l’art du théâtre, la poésie. Et ça m’a toujours intéressé de voir comment les hommes arrivaient à décliner la réalité, leur réalité, leur vision de la réalité en nous transposant cette réalité par la musique, par la peinture, par la poésie. Et cette “multidimensionnalité”, elle est devenue plus tard, vers 16, 17, 18, 19 ans, avec mes lectures, l’introduction dans la complexité. »

*******

« Je m’exprime beaucoup par graphismes et par schémas. J’ai une pensée schématique et j’ai une mémorisation par modules visuels. »

*******

« Tantôt, je pense que l’homme va s’en sortir parce qu’il a les moyens, et les raisons, et la capacité ; tantôt, je pense qu’il ne va pas s’en sortir et que le pire est pour demain. »

*******

« Je ne connais pas les lois vraies de la nature, je ne veux pas trop me mettre en avant en vous disant comment je me sens. Je ne veux pas dire que je sens qu’il y a une sorte d’erreur dans mon âge, mais moi, j’ai 50 ans. Pour moi. Pour les autres, je n’en sais rien. »

*******

« Je fais un pari que je vais vivre 120 ans, donc, je suis à un peu plus de la moitié de ma vie. Donc, j’ai des projets pour les 30, 40 prochaines années. De deux choses l’une : ou je vis 10 ans, 20 ans, 30 ans, 40 ans de plus, je vais les faire, je veux créer une université de la complexité, je veux lancer de nouveaux bouquins, je veux faire des films sur des trucs, je veux former des jeunes. Si je meurs demain matin, je suis mort avec mes projets, donc, c’est gagnant-gagnant. Je ne perds rien, je gagne tout. »

*******

« J’admire le vocabulaire de l’artiste quand il se compare aux autres, quand il décrit ce qu’il fait, c’est pour moi une forme de symphonie. »

 

À propos du temps

 

« On est habitué à ce qui existe, ce qu’on connaît, le passé, on aime parler du passé, l’histoire, le maintenant, mais le futur, il n’est pas encore là, le maintenant il n’est plus là, il est déjà du passé. Donc, on est dans cette espèce de surf, sur une vague permanente. »

*******

« Ce que je dis, c’est que le temps est relatif. Le temps, il a la valeur qu’on lui donne. Personne n’a le temps, on ne possède pas le temps, il vous file entre les doigts. Par contre, on peut prendre du temps sur autre chose qu’on décide de ne pas faire. Ça, ça veut dire qu’on attache une valeur plus grande à ce temps-là qu’à celui-là. Par exemple, à s’occuper de ses enfants, à s’occuper de sa femme, de ses amis, des loisirs, et trouver le temps aussi pour réfléchir. Ces outils-là, ils me suivent partout. »

*******

« Plutôt que d’attendre le futur, il faut le construire, parce que au moins, il sera celui qu’on voudra qu’il soit plutôt que de prévoir le futur qui va venir. »

*******

« Il y a plus qu’une accélération du temps, il y a une densification du temps. Les 20 prochaines années ne seront pas du tout comme les 20 années passées. Il y a une densité du temps qui fait que si on pense à 100 ans d’ici - 2100, 2200, 2300 - il va se passer en densité temporelle et en accélération beaucoup plus de choses que dans les 300 dernières années. »

*******

« La densification du temps, déjà pour nous, humains travaillant dans des entreprises ou dans des médias, crée du stress parce qu’on pense qu’on n’a pas le temps de faire tout ce qu’on voudrait faire. Alors, déjà, il y a trop de choses dans 24 heures ou dans 12 heures, disons, de travail par jour. Alors, les gens essaient d’utiliser mieux leur temps, d’utiliser des outils à sauver du temps, dont on pourrait parler, de gérer leur temps. »

*******

« La cybernétique a démontré que les effets pouvaient agir sur les causes, même rétroagir, c’est pour ça que ça s’appelle, en français, la rétroaction et, en anglais, le feed-back. Donc, tout d’un coup, le temps est devenu circulaire par la cybernétique, ce n’est plus simplement le temps linéaire, une cause avant un effet, et l’effet produit une nouvelle cause qui produit un nouvel effet. »

 

À propos de la société

 

« [Les] pronétaires, c’est des gens qui sont pour et sur le Net. C’est cette nouvelle génération qui est en train de monter, de tous âges, d’ailleurs, qui a pris de nouveaux pouvoirs grâce à de nouveaux outils. Et ces nouveaux outils lui donnent un pouvoir face à ceux qui détiennent les droits, les grilles de programmes que l’on appelle les mass media, la télé, la radio, l’édition, les journaux, etc. Et donc, ces pronétaires sont en train de reprendre une forme de pouvoir. »

*******

« Pendant trop longtemps, on les a considérés comme des consommateurs passifs, maintenant, ils deviennent des ‘’consommacteurs’’. Et ces ‘’consommacteurs’’, ils produisent beaucoup, et surtout, ils sont propriétaires de leur outil de production. »

*******

« Nous sommes dans une société d’abondance numérique, je ne dis pas d’abondance économique, bien au contraire. Il y a des écarts entre les plus riches et les plus pauvres qui sont hallucinants. [...] Cette société d’abondance numérique fait qu’il y a une sorte de trop-plein d’information qui peut conduire à une “infopollution”. Trop d’information, finalement, comme on a dit de manière célèbre, tue l’information. Donc, dans cette abondance numérique, ceux qui gèrent la rareté sont perdus, puisque ça déborde de tous les côtés. »

*******

« Les consommateurs deviennent des “consommacteurs”, ils deviennent des producteurs d’information, des producteurs de contenu numérique, c’est-à-dire de la musique, du texte, des livres, de la vidéo, des émissions de télé, du cinéma. Donc, essayez de contenir ça, ce n’est pas possible. »

*******

« La “cybversion”, c’est la subversion cybernétique, c’est-à-dire que des grands moyens obscurs, des gens dans l’ombre utilisent justement tout ça pour faire de la désinformation. Les blogues peuvent être un extraordinaire outil d’expression personnelle, mais peuvent être aussi un extraordinaire outil de désinformation. Parce qu’une information est reprise par les fils RSS, retransmise à d’autres blogues, reprise par les médias, les médias traditionnels le prennent, et puis on est parti dans la télé, dans la radio et dans l’édition, donc, des gens utilisent ça. »

*******

« Il y a un triangle dans lequel il y a le cristal, la fumée et la complexité. Traduit en termes politiques, c’est le totalitarisme, l’anarchie et la démocratie. La démocratie peut sombrer dans l’un ou dans l’autre, dans le chaos le plus total, c’est l’anarchie la plus totale. Dans le totalitarisme le plus total, c’est tout est réglé, tout est réglementé comme un cristal. La démocratie est fragile, elle est tout le temps soumise à cette chute dans l’un ou dans l’autre. Donc, elle doit se reconstituer, se ressourcer elle-même en permanence, en essayant de comprendre son histoire, d’où elle vient et d’essayer de comprendre son projet, où elle va. »

*******

« Je pense que la télévision et les grands journaux traditionnels sont bloqués dans un schéma mental du politiquement correct en général. »

*******

« Les nouveaux médias qui ont changé la vie des politiques, c’étaient la radio et la télé. »

*******

« Si vous regardez le journal télévisé d’un grand pays industriel, les 20 premières minutes du journal sont des faits divers où l’audimat, c’est l’audimat de la mort. [...] Un camion se retourne, 24 morts ; un immeuble prend feu, trois bébés meurent dans leur berceau. Mort, mort, mort. Audimat de la mort. Pourquoi ? Parce que sur un plan de la sélection darwinienne, ceux qui sont capables de se souvenir des catastrophes et d’avoir l’angoisse de la catastrophe mémoriseront beaucoup plus les conditions qui leur permettront d’éviter la future catastrophe, de survivre et de faire des enfants. Donc, on a une mémoire de l’événement catastrophique beaucoup plus grande que de l’événement positif. »

*******

« La gouvernance par la peur est le moyen de souder les gens, c’est ancien comme les Romains et les Vikings. Donc, gouverner par la peur, c’est le moyen de ressouder les gens en leur offrant la sécurité. »

*******

« On sait des choses que le grand public ne sait pas. Alors la question, c’est : est-ce qu’on le dit ou on ne le dit pas ? Ou comment on le dit ? Peut-être dans un roman ? »

*******

« Déjà, Warner Brothers est en train de mettre les films sur Internet avec BitTorrent, qui est un logiciel de partage en P2P et qui va mettre pratiquement gratuitement les amorces des films, et puis on pourra acheter pas très cher, plutôt que d’aller en salle. Est-ce que ça va tuer les salles ? Non. Pourquoi ? Parce que les êtres humains sont des êtres grégaires. »

*******

« Qu’est-ce que c’est, l’idée de l’homme symbiotique ? C’est la symbiose entre les humains et tout ce qu’ils ont extériorisé autour d’eux, que j’appelle le cybionte, c’est-à-dire cette espèce de réseau planétaire, interconnectant le cerveau des hommes et des ordinateurs. »

*******

« Beaucoup de biologistes disent : “le futur, c’est des mutations, et on n’aura plus de neurones, on a eu une grosse tête et des petits pieds parce qu’on se baladera tout le temps dans des voitures, on mangera que des pilules, donc, on n’aura plus de dents”. Mais je n’y crois absolument pas ! Les êtres humains vont vouloir continuer à manger de manière gastronomique, ils vont vouloir se faire plaisir en faisant l’amour, plutôt que par Internet, directement. »

*******

« Internet, c’est nous. Ça nous appartient, en bien et en mal. »

*******

« Faire des maths, de la physique, de la chimie, alors qu’on ne sait pas très bien pourquoi apprendre les molécules, les réactions moléculaires, la physique, à quoi ça va nous servir. Je pense qu’on n’enseigne pas bien parce qu’on enseigne d’une manière trop disciplinaire. Des disciplines, c’est la physique, les mathématiques, la chimie, la biologie, la géographie, l’histoire. Et donc, tout est compartimenté, alors que les jeunes savent très bien que le monde n’est pas compartimenté, tout est interdépendant, tout est relié à tout. Et c’est pourquoi je me suis tellement intéressé à des disciplines convergentes, connexes : biologie, économie, écologie, pour prendre trois exemples. Pourquoi ? Parce que l’écologie, c’est une science intégrante, elle intègre la géologie, la biologie, la dynamique des populations, l’environnement. »

*******

« Qu’est-ce que c’est que le jeu ? On gagne, on perd, on a un adversaire, on a une échéance, on a des règles du jeu. C’est ça, la vie. Or, cette vie-là, on ne l’apprend pas comme ça à l’école. Il y a très peu de temps que les professeurs acceptent que le jeu vidéo puisse être quelque chose de formateur. »

*******

« Qu’est-ce que c’est qu’un enfant qui joue ? C’est quelqu’un qui simule la réalité complexe du monde dans lequel il est sans le savoir. Il se pose des questions, il interroge les autres, il agit sur les autres pour voir comment il va réagir sur lui. Et moi, je continue à faire ça avec beaucoup d’autres, je ne sais pas si c’est une attitude enfantine, je crois que c’est une attitude de curieux, de créateur et d’inventeur, en quelque sorte, qui est le propre du scientifique, d’être curieux, créateur et inventeur. Donc, j’ai transposé cette approche du scientifique et du prof que je suis, et que j’ai toujours été, et que je serai toujours, dans un lieu comme ça qui est un démultiplicateur extraordinaire d’intelligence collective, permettant aux gens de comprendre la complexité du monde dans lequel ils sont et d’aimer leur avenir. »

*******

« La science est une forme d’art, mais je veux dire que la communication scientifique aujourd’hui, moderne, en utilisant tous les médias, du dessin animé à la télé, à l’Internet, aux blogues et aux sites Web, c’est une forme d’art. »

*******

« Les êtres humains, ce n’est pas la fin de l’évolution. Et la société des êtres humains, qui est déjà complexe, les villes, les sociétés humaines, ce n’est pas l’aboutissement. Il y a quelque chose d’autre qui arrive derrière. Ce quelque chose d’autre qui arrive derrière, nous sommes en train de le construire, sans plan, sans le savoir, avec simplement des règles juridiques, morales, religieuses, philosophiques, mais à tâtons. On ne sait pas où on va. Donc, j’ai essayé, sur une base scientifique, de montrer d’où nous venions pour essayer d’expliquer comment la complexité peut conduire à une espèce de nouveau tissu biologique, que j’ai appelé le cybionte, qui est, en fait, un ensemble fait des hommes, des réseaux de communication, des ordinateurs et de nos propres cerveaux de plus en plus interconnectés. »

*******

« Nous ne sommes effectivement qu’une étape dans le développement de la complexité à la surface d’une planète que nous semblons connaître un peu mieux que les autres, qui s’appelle la planète Terre, mais peut-être qu’ailleurs, il y a aussi des événements et des évolutions du même type que la nôtre. »

*******

« La grande question, c’est de savoir si le cybionte pense et s’il agit, ce qu’il fait déjà globalement à travers nous. Est-ce que nous sommes conscients de sa propre pensée ? Pour donner un exemple plus simple : mes globules rouges, mes globules blancs, mes cellules de foie, mes cellules de muscles, est-ce qu’elles sont conscientes de ma conscience que je vous parle en ce moment ? Absolument pas. Elles font leur petit boulot. Mais ce petit boulot est intégré à un tout qui les rend hyper cohérents dans leur petit boulot. Et donc, moi, je pense que le cybionte se développant, se complexifiant de plus en plus, chaque cellule humaine neuronale sera suffisamment maligne pour avoir des prélèvements après elle de ce que le cybionte, entre guillemets, pense. »

*******

« Je dis que l’homme symbiotique, pour moi, c’est comme on est maintenant, même en 2250, c’est-à-dire des êtres humains qui veulent garder un certain nombre de valeurs humaines que l’on aime bien faire, bien manger, faire l’amour, aller ensemble, se baigner dans une rivière avec une eau claire, admirer la nature, les montagnes ou les déserts. Et, en même temps, il va sous-traiter une partie de son extraordinaire complexité d’interaction dans certains métiers, ou s’il le souhaite, au cybionte, puisque c’est notre prothèse globale. »

*******

« La technologie qui change la société, c’est ce que l’homme souhaite en faire. Donc, je pense que cette technologie déjà le change. Le fait de conduire une voiture à 100 kilomètres à l’heure plutôt que de courir, le fait d’avoir un téléphone portable et d’appeler quelqu’un à 200 kilomètres ou 1 000 kilomètres, le fait d’aller sur Internet et de poser une question à Google et d’avoir la réponse, fait que nous sommes déjà des mutants. Alors, ce n’est pas les mutants au sens biologique traditionnel que notre ADN a muté, on est des mutants extérieurs, on n’est plus des mutants intérieurs, mais on est quand même des mutants. »

*******

« Nous, on se prend pour des gens très intelligents individuellement, le hit parade de l’intelligence, le quotient intellectuel sorti premier de l’ENA, premier de Polytechnique, mais effectivement, on est complètement abrutis collectivement. Qu’est-ce qu’on sait faire dans une foule ? On sait se tenir la main pour faire des chaînes, pour protester contre des arbres que l’on veut abattre. Pas mal. »

*******

« Je pense que nous entrons, dans les 20 à 30 prochaines années, dans une ère où les groupes, les associations, les relations aux environnements intelligents vont totalement changer notre façon d’interagir en commun. »

*******

« L’outil de demain de l’Internet mobile, ce sera les téléphones, qu’on appelle encore des téléphones, mais disons des ordinateurs puissants qui permettront de se parler, mais aussi de se voir, de communiquer, de recevoir l’Internet. C’est ça, l’avenir, pour les pays émergents. »

*******

« La technologie en elle-même ne résout pas les problèmes sociaux. Et les sociologues ont raison de dire : les technologues nous ennuient parce qu’ils disent : la technologie, elle va résoudre tous les problèmes d’emploi, de solidarité, de sécurité. Non. La technologie ne résout des problèmes que si elle est réappropriée par les usagers et les gens eux-mêmes, c’est-à-dire si elle est acceptée socialement. Bon. Internet, par exemple, le téléphone portable, peut, d’une certaine manière, s’il est employé pas seulement par les gens entre eux, mais s’il est, comment dirais-je, induit sur des voies qui peuvent permettre la coéducation, la solidarité, le partage, la résolution des problèmes d’insécurité, peut devenir un outil technologique allant dans le sens dont nous parlons. »

*******

« Ce qui me passionne, c’est “l’introsphère”, l’univers intérieur, et l’univers intérieur de tous les gens connectés entre eux par cette espèce d’extraordinaire réseau nerveux que constitue maintenant Internet et qui n’est qu’au début de ce qu’il sera. »

*******

« C’est un terrain d’exploration absolument fascinant, formidable à découvrir, parce qu’on a tout à comprendre : quels sont les liens, quels sont les refus, quelle est l’immunité, pourquoi telle idée est-elle refusée, pourquoi telle idée est-elle acceptée, pourquoi telle personne la repousse, pourquoi certains sont intégristes, pourquoi d’autres, au contraire, son ouverts ? Tout ceci est absolument fascinant. »

*******

« On découvre qu’il faut réinvestir du temps, de l’énergie et de l’argent dans le capital-terre, ce qu’on appelle l’amortissement de l’écocapital. Et qu’est-ce que c’est que l’amortissement de l’écocapital ? C’est le développement durable. »

*******

« Je dis que ce développement durable sera vraiment du développement durable planétaire, dans l’intérêt de l’humanité, si nous arrivons à réguler les grands cycles écologiques d’obtention d’énergie solaire et de redistribution de cette énergie solaire aux hommes, cette espèce de photosynthèse réalisée à la méga-échelle de la planète par les hommes, au lieu que ce soit simplement les forêts et les feuilles qui le fassent, dompter cette énergie et la réguler par rapport à nos besoins. »

*******

« On défie la nature, on est déjà mutant. On y va. On y va avec les bio-implants en électronique moléculaire, qui ne seront plus du silicium mais des ordinateurs biologiques faits avec des protéines ou faits avec des produits chimiques compatibles avec le corps. Il y a déjà plein de labos qui commencent à sortir des bio-puces biologiques. »

*******

« Je pense qu’il faut, sur un plan éthique et philosophique, rejeter les idées de différence entre les alpha, les gamma, les bêta, c’est-à-dire aller vers une humanité, et un homme, et une femme qui bénéficient de toutes les fonctions, même augmentées par les prothèses qu’on a créées, que la nature nous a données. Le fait que l’homme puisse transformer l’homme en créant des sous-hommes me paraît une idée inacceptable. »

*******

« L’homme va devenir de plus en plus transparent et de plus en plus modifiable. La question éthique et philosophique va être de réduire cette transparence pour préserver notre vie privée ou notre vie biologiquement privée, si j’ose dire, nos gènes, et d’éviter cette manipulation de l’homme par l’homme qui se dessinera avec les nouvelles technologies. »

*******

« Je pense - je ne sais pas si c’est partagé par tout le monde - que dans quelques années, un des grands luxes sera d’être débranché, déconnecté, un peu comme aujourd’hui quand on se met sur la liste rouge du téléphone. »

*******

« En ce moment, on est connectés, on travaille ensemble avec une Webcam qui est dans mon bureau, dans ce lieu où vous vous trouvez, il n’y a pas de temps, on est en temps réel, vous pourriez être à Singapour, vous pourriez être à Lima, au Québec, on se parle en temps réel. On est à un clic de souris les uns des autres. Ça, c’est une réalité d’aujourd’hui, c’est la réalité du cyberespace. Mais de cette réalité, il faut faire un véritable usage qui donne du sens à ce qu’on fait, qui augmente la relation humaine, qui crée du lien social plutôt que de déconnecter les gens les uns des autres en se trouvant devant une petite fenêtre virtuelle qui n’est pas la réalité. »

*******

« La technologie ne crée pas de lien social, mais la technologie peut donner des conditions qui font qu’en se la réappropriant, on crée du lien social. C’est le cas des blogues, c’est le cas des forums de discussion, c’est le cas du mail sur Internet qui, ne l’oubliez pas, est quand même la plus grosse application d’Internet. Donc, je pense que ça, c’est important, et cette notion de temporalité liée au sens me paraît être au cœur des débats de l’organisation de sa vie pour demain. »

 

À propos de l’échec

 

« Il faut accepter aussi les erreurs. Je crois que c’est absolument fondamental. La vie, la biologie s’est faite par des essais et par des erreurs, et nous sommes le résultat d’essais et d’erreurs, et je pense que dans la vie, il faut savoir reconnaître ses erreurs, et il faut en faire pour apprendre à partir de ses erreurs. »

*******

« Quand on donne à la Cité des sciences des cours ou quand on fait des expositions sur les résultats scientifiques, on a pris l’idée de montrer aussi comment les scientifiques se trompent. Parce que, effectivement, on présente toujours aux gens le succès des théories, celles qui ont marché. Mais il faut montrer aussi pourquoi les scientifiques ont échoué, comment ils ont appris par leurs erreurs, et ça, je crois que c’est fondamental dans la société d’aujourd’hui. »

*******

« Aux États-Unis, l’échec, souvent, est considéré comme un apprentissage pour éviter de refaire la bêtise qu’on a faite et ils considèrent que quelqu’un qui a fait deux ou trois bêtises dans sa vie est plus valorisé à réussir après que quelqu’un qui n’en a pas fait. C’est une autre vision du monde. »