Quand il débarque, jeune homme, à Paris, Marek Halter fait ses premières rencontres importantes dans les cafés : « C’est là où j’ai rencontré Yves Klein, Nicolas de Staël, Giacometti. Je les regardais avec enthousiasme et admiration, bien sûr. Et puis, j’ai passé par ici pour voir des écrivains connus qui étaient ou au Flore ou au Deux Magots. »
L’épouse de Marek Halter, Clara, est une artiste accomplie. Parmi ses réalisations, le Mur pour la Paix, créé à Paris pour les festivités de l’an 2000. « Le ministre français de la Culture à l’époque lui a demandé si elle avait une idée pour marquer ce passage d’un siècle à l’autre. Elle a dit, comme ça, spontanément : "La paix" ». Il a dit : "Tiens, est-ce que tu vois un monument pour la paix ?" Et alors, elle a téléphoné à un ami commun qui s’appelle Jean-Michel Wilmotte, c’est un grand architecte, et ils ont conçu ce qu’elle aime. Elle a inventé le monument en transparence. »
Au milieu des années 1980, Marek Halter a participé à la mise sur pied de SOS Racisme. L’action de cet organisme français est toujours aussi vitale. « Il y a vingt ans, je leur ai dit : “Sachez une chose, moi, je veux vous aider. Mais si vous montez sur la barricade, sachez que vous y resterez jusqu’à la fin de vos jours.” C’est une lutte permanente. Vous gagnerez des batailles, mais jamais la guerre parce que le mal est en nous. Nous devons seulement pouvoir le contenir, créer de plus en plus de barrages. »
Marek Halter aime, lorsqu’il crée, à s’entourer de documents et de livres de toutes sortes. Sa table de travail prend alors des airs de territoire « occupé ». « J’aime bien avoir tout ça parce que ça me permet de regarder, de me rappeler, de me remémorer les choses. Et une fois lancé, après j’enlève tout ça et vous ne verrez qu’un tas de papiers qui se remplissent avec l’écriture en noir. »
Avec un peu d’aide de ses amis, on arrive à faire pas mal de choses... « Il y avait Coluche, Bernard-Henri Lévy, [Pierre] Arditi je crois, et encore deux ou trois acteurs, se rappelle Marek Halter. On a fait une autre conférence de presse et là, il y avait plein de gens. On a distribué les petits badges « Touche pas à mon pote ». Le soir même, Simone Signoret était au journal télévisé de TF1. Le lendemain, tout le monde en France connaissait SOS Racisme. »
« Il faut encore que je fasse partager ma foi avec les autres, lance Marek Halter. Ça ne suffit pas, être seul à crier. Il y a un moment de bonheur, c’est quand nous étions, avec SOS Racisme, 420 000 personnes, place de la Concorde, en train de crier. Aucun homme politique en France n’a jamais réuni autant de jeunes pour crier ensemble. Et on a crié quoi ? L’amour, la solidarité, le respect de l’autre. “Respect”, c’est un mot très fort, le respect. Plus fort que “amour”. »
« Au Chili, une femme sera élue présidente, la première présidente dans l’histoire du monde des Bolivars, du monde latin américain, vous vous rendez compte, une révolution ! Ça nous fait sourire parce que, pour nous, ça nous semble naturel. Si une femme est capable de diriger le Chili mieux qu’un homme, bien, elle sera élue. Mais là-bas, c’est une révolution. » - Marek Halter
« La mémoire peut faire courir les gens, elle peut aussi les endormir, pense Marek Halter. Ça dépend ce qu’on en fait. Vous savez, des gens de par le monde, il y en a beaucoup qui ont vécu des choses peut-être plus passionnantes que ce que j’ai vécu moi, peut-être plus dures, plus dramatiques. Il faut savoir en tirer une leçon. En général, on ne pense pas que l’histoire est une leçon. J’essaie de faire partager cette idée avec les autres, ça ne marche pas toujours. »
Couverture de Sarah, l’un des titres composant La Bible au féminin, série dans laquelle Marek Halter revisite les saintes écritures au féminin. « Ces histoires de femmes dans l’histoire qui sont, sur le plan littéraire, extraordinaires, c’est une source infinie. L’amour ou la nuit passée entre Sarah et le Pharaon, c’est magnifique. C’est magnifique sur le plan littéraire », s’exclame l’auteur.
Le fils de Dieu s’avait s’y prendre pour attirer les gens, dit Marek Halter. « Quand Jésus prêchait dans la petite synagogue des capharnaüms, en sortant, pour attirer l’attention des gens, qu’est-ce qu’il faisait ? Il faisait un miracle. Ce miracle n’a pas d’autre sens qu’attirer l’attention de gens, de les ameuter pour qu’ils entendent ce qu’il a à dire. Ce qui était important, c’est pas les miracles, c’est son discours, c’est ce qu’il avait à dire. »
Est-ce le peintre ou le littéraire qui parle ? Marek Halter dit aimer
« des pages dessinées, organisées, qu’on peut éventuellement exposer, si on voulait. C’est ce que j’admire, par exemple, chez Balzac. »
Le mal, bien que répandu, n’a pas réussi à vaincre le bien, pense Marek Halter. « Au sein de chaque population, il y a une partie qui hait l’autre partie, [...] sur chaque continent, il y a un peuple qui hait les autres. Vous vous imaginez, si on laissait libre cours à la haine, il n’y aurait plus personne. Il y aurait peut-être quelques chats sauvages se promenant dans les ruines de Paris, de Rome ou d’Amsterdam. Donc, si on n’en est pas là, c’est que le bien, quand même, fait son chemin. »
Le Mur pour la Paix, monument créé par Clara Halter, a ceci de particulier qu’il est transparent et interactif. À l’intérieur, on a installé des ordinateurs à partir desquels on peut envoyer et recevoir des messages de paix. « Vous savez combien de messages ce site a déjà reçus depuis cinq ans ? demande Marek Halter. Cinq millions ! Un million de messages par an, c’est extraordinaire ! »
Une lecture suggérée par le professeur Halter : « Ovide, grand poète latin, a créé un très beau livre que je recommande : De l’amour. Sa théorie était que si un homme voulait séduire une femme, quelle qu’elle soit, il y arriverait. Ça dépend de ce qu’il voulait investir comme temps, énergie, passion. S’il était prêt, pendant cinquante ans, tous les matins, à se mettre sous ses fenêtres, à lui envoyer un bouquet de fleurs, au bout de dix ans, hein, il y a une faiblesse, à un moment donné, cette femme se sent abandonnée, elle lui tombe dans les bras. »
Le mot « paix » est le mot qui paraît le plus souvent dans la Bible.
« 9 320 fois, dit Marek Halter. Il est plus fort que la haine et la guerre. Je le crois. On parle beaucoup de la mémoire, la mémoire est répétée 168 fois seulement dans la Bible. Vous voyez. »