Cinéaste qui concentre son action sur le geste créatif plutôt que sur un discours analytique, Girard confie ceci à Stéphan Bureau :
« Moi, je ne suis pas un critique, je ne serai jamais un critique, ni des autres, encore moins de moi-même. Je suis critique dans mon regard sur le travail des autres, mais le travail de critique, c’est un travail qui est une spécialité, qui n’est pas la mienne, je ne suis pas un observateur, je suis un... je suis un faiseur, je suis quelqu’un qui fait des choses... »
François Girard, dont l’œuvre est habitée de façon marquante par la présence de la musique, dit d’elle que : « C’est une langue [...] qui a le pouvoir de très bien voyager, qui dépasse les frontières mieux que toutes les autres langues [...] c’est une langue qui s’apprend [...] je la comprends mieux que je la parle. »
En plus de son travail comme réalisateur, François Girard fait aussi de la mise en scène pour le théâtre et pour l’opéra. Comparant ces diverses activités, il précise que : « Le théâtre, c’est un plan séquence avec une caméra qui ne bouge pas. »
Pour François Girard, un film ne peut se faire dans la précipitation, c’est à l’inverse un projet de longue haleine. « Je pense que c’est une caractéristique que tous les réalisateurs vont partager, il faut être têtu [...], il faut aussi aimer la répétition [...], il ne faut pas avoir peur que les choses prennent du temps parce que le cinéma est lent et, si soi-même on est lent, bien là, on peut rajouter à la lenteur. [...] faire un film, c’est un processus lent. »
Lorsqu’il travaille à l’un ou l’autre de ses projets, François Girard joue lui-même le rôle du spectateur pour en quelque sorte anticiper l’effet de son oeuvre. « Quand on écrit un film, par exemple, ou qu’on le tourne ou qu’on le monte, on se positionne soi-même en premier spectateur, c’est ça mon travail, moi, dans la vie. Ce qui est mon boulot, c’est d’être spectateur avant qu’il y ait les spectateurs, avant qu’on commence à vendre des billets. »
Si Hollywood est vu par plusieurs comme la terre promise du milieu cinématographique, François Girard est de ceux qui gardent la tête froide. « Je pense qu’il faut être clair sur ce qu’on veut faire et se faire une idée de comment on veut le faire parce qu’on peut facilement être emporté par, justement, les jeux de courtisans [...]. Parce que c’est, comme je vous expliquais, c’est un travail de cour [...], c’est-à-dire que c’est un travail de séduction, tout le monde cherche à séduire tout le monde. »
François Girard croit qu’une grande part de son travail réside dans la recherche de l’émotion, qu’il transmettra ensuite au public. « Je cherche l’émotion dans le beau, dans le vrai, dans l’exotique, dans l’étrange. [...] Je cherche une sensation. [...] Je pense que mon travail, c’est aussi de le chercher pour des gens qui viendront un jour s’asseoir dans une salle. »
Afin de mener à bien un projet et de lui faire passer le pont de l’idée à son incarnation, François Girard a besoin de laisser les acteurs s’épanouir. « Les acteurs sont l’instrument et le véhicule qu’ils sont et, dans le meilleur des cas, on leur permettra d’être ça à la limite de leur talent, à la limite de leurs capacités, on leur fera l’espace, on leur donnera un texte qui les inspire [...]. Et si j’ai bien fait mon travail, l’acteur sera ce qu’il est. Et si je le fais moins bien, je le diminuerai. »