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José Saramago
Le paysan indigné

Rien dans le bagage familial de José Saramago ne le destinait à devenir le seul écrivain portugais à recevoir le Prix Nobel. Un cours de littérature offert dans le cadre d’une formation de serrurier sera la clef qui libérera son écriture. Saluée par la critique du monde entier, son œuvre romanesque est une fabuleuse allégorie de la condition humaine. Stéphan Bureau rencontre ce géant des lettres portugaises.

José Saramago, né de Souza, voit le jour en 1922, dans une famille de paysans vivant dans le petit village de Azinhaga, au Portugal. Le jour où l’on inscrit le jeune José à l’école, on découvre qu’un employé de la mairie avait précédemment ajouté au dossier du fils le surnom dont on affublait la famille du père, « Saramago », qui signifie « raifort sauvage ». Loin de mesurer les répercussions historiques de son geste, l’employé venait de forger le nom d’un écrivain qui, bien des années plus tard, allait remplir des rayons entiers de bibliothèques et séduire des lecteurs de partout.

Très tôt, la famille part s’établir à Lisbonne. Faute de ressources financières et bien qu’il soit doué pour les études, le jeune José est envoyé à l’école de mécanique, où il apprend le métier de serrurier. Fait important : le programme de mécanique comporte un cours de littérature qui ravit Saramago. Dès lors, Saramago passe ses soirées à la bibliothèque et rêve de devenir écrivain. C’est le début d’une vocation chez celui qui se définira ensuite comme un « lecteur né ».

Vers la fin des années 40, époque qui coïncide avec son premier mariage et la naissance de sa fille, Saramago écrit quelques textes et un premier roman, Terre de péché. Puis c’est le silence complet pendant presque vingt ans. Il gagne sa vie en faisant divers boulots, dans l’administration publique, dans l’édition et dans les journaux. Interrogé plus tard sur les raisons de cette longue absence littéraire, il répondra tout simplement qu’il n’avait rien à dire.

En 1966, Saramago brise le silence avec un recueil de poèmes. Il faudra cependant attendre 1975 pour que l’auteur ne prenne la décision de se consacrer définitivement à l’écriture, puis 1982, pour qu’enfin l’écrivain obtienne une reconnaissance internationale avec son roman Le Dieu manchot. Mais n’anticipons pas...

La fin des années 60 est une époque d’effervescence politique au Portugal, qui culmine un peu plus tard avec la révolution des œillets. En 1969, José Saramago joint les rangs du Parti communiste, qu’il n’a d’ailleurs jamais quitté depuis. Interrogé sur les motifs de son allégeance politique, il précise que le capitalisme est inhumain et que ce sont les applications concrètes du communisme qui ont échoué. En fait, Saramago souhaite une véritable redistribution des richesses et suggère que l’ensemble de tous les programmes de tous les partis pourrait être remplacé par le seul respect de la déclaration des droits de l’homme. Mais revenons à la littérature...

L’œuvre romanesque de José Saramago est tout imprégnée d’Histoire, qu’elle remanie et interprète dans un registre qui n’est pas sans faire écho au réalisme magique. On dit d’ailleurs de lui qu’il est le plus « latino » des auteurs européens, tout comme on le compare à ce monument littéraire national qu’est Pessoa. Peu importe les comparaisons, les fictions de José Saramago sont de puissantes fables philosophiques, de fabuleuses allégories de la condition humaine portées par une écriture qui coule à flots, se déployant en de longues phrases baroques.

José Saramago, qui aura en quelque sorte débuté sa carrière littéraire à l’âge où d’autres prennent leur retraite, est le seul écrivain portugais à avoir obtenu le Prix Nobel de littérature. Cela se passe en 1998. À un journaliste lui demandant de commenter l’événement, il répond que « c’est comme la couronne de miss Portugal » et que « bientôt, on l’aura oublié ». Parions plutôt que son importante œuvre romanesque, traduite en plus de 30 langues et vendue à quelque 3,5 millions d’exemplaires, perdurera bien au-delà de la vie de son auteur et fera histoire.

José Saramago, un homme indigné. Voilà l’épitaphe que le célèbre écrivain voudrait voir inscrite sur sa tombe, lui qui, sans relâche, n’a jamais cessé de poser les jalons d’un humanisme réaffirmé.

Pour en savoir plus sur José Saramago et son oeuvre

À consulter: L'interview : Liens externes :

Nobel Prize (anglais)
Site officiel des Prix Nobel. Page consacrée à l’écrivain José Saramago, récipiendaire du Prix Nobel de littérature en 1998.