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Richard Desjardins
Quand la poésie change le monde

Auteur-compositeur-interprète, documentariste et empêcheur de tourner en rond, Richard Desjardins s’est imposé comme l’un des plus grands artistes québécois. Grave dans son propos, fulgurante dans sa forme, son œuvre dénonce l’injustice et pourfend l’insatiable appétit des puissants, sans jamais tomber dans le piège d’un désespoir stérile. S’il refuse l’étiquette du poète - ce qu’il est pourtant- ses textes, ses musiques et ses films sont alimentés d’un humanisme qui porte l’espoir d’un monde meilleur, plus digne, plus équitable. L’amour lui inspire quelques-unes de ses plus belles chansons ; tout comme son humour, aussi lucide que décapant, qui multiplie la force de son regard critique.

Richard Desjardins naît le 16 mars 1948, dans la ville minière de Noranda, en Abitibi-Témiscamingue. Quatrième d’une famille de cinq enfants, l’enfant grandit à l’ombre des cheminées de la deuxième plus importante fonderie de cuivre au monde. Initié à la musique par sa mère, il commence son apprentissage du piano dès l’âge de 9 ans, suit une formation classique avant de se tourner vers le piano populaire et de prendre d’assaut les bars de la région en compagnie de son frère ou, plus tard, avec les Fabulous Cascades.

Au début des années 1970, après avoir vendu trois mille exemplaires de son recueil de poésie Le beau cow-boy de terre cuite, Desjardins entreprend un long voyage qui le mène jusqu’à la Terre de feu, périple qui aura sur lui un impact majeur. Que ce soit en raison de sa découverte de la poésie sud-américaine, qui inspire ensuite son écriture, ou parce qu’il est, là, confronté aux mouvements d’émancipation populaire et aux revendications des peuples autochtones d’Amérique, ou encore parce qu’il partage avec eux le sentiment d’avoir été spolié par la voracité des multinationales, ce voyage change la vision du monde du jeune artiste et nourrit sa production artistique.

De retour au bercail, Richard Desjardins forme la première mouture du groupe Abbittibbi, joue un temps dans les bars puis part pour la Baie James. Le groupe réapparaît à Montréal quelques années plus tard, mais ses débuts sont plutôt difficiles. En 1981, ils enregistrent leur premier disque, Boom Town Café, et commencent alors à se faire connaître d’un plus grand public quand les productrices disparaissent dans la nature avec les bandes-maîtresses. Découragé, le groupe se dissout à nouveau.

Desjardins se tourne alors vers le documentaire, métier qui le fascine et qu’il aurait choisi comme sien si seulement il avait pu en vivre. En 1977, lui et son vieux complice cinéaste, Robert Monderie, réalisent un premier film intitulé Comme des chiens en pacage. Les deux acolytes reprennent l’expérience à quelques reprises, ce qui nous donne L’erreur boréale, film coup de poing dénonçant la surexploitation forestière dont les effets se firent sentir à Québec, et le prochain sur les Algonquins qui s’annonce tout aussi percutant, Le peuple invisible. En 1986, Richard Desjardins part enseigner la musique aux Inuits de Puvirnituq, expérience qui teinte la vision du monde de l’artiste comme les thématiques de son œuvre.

Si la musique, particulièrement le piano, rythme depuis toujours la vie de Richard Desjardins, ce n’est qu’à l’aube de la quarantaine, et après avoir emprunté plus d’un chemin de traverse, qu’il fait sa place dans le monde de la chanson. C’est ainsi que Les derniers humains - disque magistral au fondement de toute son œuvre - sort sur le marché en 1988, financé par la contribution de 400 admirateurs qui récupéreront ensuite leur copie. Le succès relatif du premier album lui permet aussitôt d’envisager l’enregistrement du second. Cette fois, 1 000 personnes embarquent dans l’aventure, répondant un « oui » franc à ce Tu m’aimes-tu qui sera aussi enregistré en jouant sur le Fazioli de la Chapelle du Bon-Pasteur, en 1990. La carrière de Desjardins est désormais lancée, et ne ralentira plus.

Les disques et les tournées s’enchaînent alors... Richard Desjardins au Club Soda paraît en 1993, l’année suivante, c’est au tour de Chaude était la nuit, qui est le fruit d’une remise sur les rails du groupe Abbittibbi, suivi de Desjardins Abbittibbi live, en 1996, et de Boom Boom qui sort en 1998. Poursuivant son grand œuvre en alternant l’action citoyenne et sa démarche artistique de poète-chansonnier, Richard Desjardins endisque, en 2003, Kanasuta, là où les diables vont danser. Dans le prolongement de L’erreur boréale, Desjardins et sa sœur Louise avaient mis sur pied l’Action boréale de l’Abitibi-Témiscamingue (ABAT) en 2000, organisme de protection de la forêt qui a réussi à préserver le territoire du Kanasuta, qui donne son nom au dernier opus de l’artiste.

L’œuvre de Richard Desjardins, qu’elle prenne la forme de chansons, de films ou d’actions citoyennes, en est une d’une rare cohérence. Épris de justice et de liberté, sensible aux revendications des exclus, farouchement indépendant, plein d’esprit et d’humour, celui qui vient de se trouver une place aux côtés d’Alphonse Desjardins dans le Larousse 2006 n’est pas de ceux qui croient « que le bonheur c’est comme l’avenir, c’est pour plus tard. » Non seulement Richard Desjardins enracine-t-il son combat ici et maintenant dans cet Abitibi qui l’a vu naître, mais son action transcende simultanément le seul territoire réel pour s’immiscer dans celui plus vaste de l’imaginaire, là où prend racine la conscience aiguë des choses, celle qui peut vraiment transformer le monde.

Pour en savoir plus sur Richard Desjardins et son oeuvre

À consulter: L'interview :
Liens externes :

Richard Desjardins
Site officiel de l’artiste.

L’ABAT
Site de l’Action boréale de l’Abitibi-Témiscamingue.