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Gilles Vigneault
Un véritable monument national !

Gilles Vigneault aime dire qu’il a toujours rêvé au-dessus de ses moyens, jamais en dessous de son imagination. Et pour cause ! Cet auteur-compositeur-interprète, éditeur et poète est un artiste phare dans le paysage québécois, un monument culturel dont la portée de l’œuvre se répercute bien au-delà des rives de ce fleuve majestueux Saint-Laurent qui a bercé son enfance comme son imaginaire.

Infatigable porteur du pays à faire et grand défenseur d’une langue française pleinement épanouie en terre d’Amérique, humaniste, pacifiste et écologiste avant l’heure, le poète souverain n’aura jamais cessé de vouloir inscrire son travail dans la durée, comme celui qui sait que les véritables révolutions ne se mesurent pas à l’aune d’une vie d’homme, mais qu’elles sont portées par l’incessant ressac des vagues successives de l’histoire. Le poète mentionnera d’ailleurs en entrevue que « le désespoir, c’est un lieu pour lequel je n’ai jamais pris mon passeport ! ».

Né à Natashquan en 1928, l’enfance de Vigneault est marquée par la crise économique et les ravages de la grippe espagnole, qui font de Gilles et de sa sœur Bernadette les deux seuls survivants d’une famille de huit enfants. Ce village nord-côtier, dont l’existence est ponctuée par le rythme des marées et l’aller-retour des bateaux, voit ses habitants partager un goût pour la danse et la musique d’autant plus prononcé qu’elles sont une sorte d’exutoire à la rudesse du quotidien.

C’est tout cet univers auquel puise l’œuvre du poète chansonnier qui, par ses mots, redonne vie aux Jack Monoloy, Caillou Lapierre, Jean-du-Sud et autre Ti-Cul Lachance, tous ces gens du pays qui ont façonné la vie de son village et qui, depuis lors, nourrissent la création de leur auteur comme les racines identitaires de tout un peuple qui s’y reconnaît. C’est que l’universel puise dans les terroirs les plus authentiques... L’œuvre de Vigneault ne cesse d’en faire la démonstration.

C’est en 1960, après avoir fait les cent métiers, que Gilles Vigneault devient « chansonnier malgré lui » lorsque le public de la Boîte aux chansons lui demande de chanter Jos Montferrand, son tout premier titre composé pour le folkloriste Jacques Labrecque. L’accueil du public est si chaleureux que le jeune barde, encouragé, écrit chaque jour une nouvelle chanson, qu’il ajoute à son répertoire. En moins de deux semaines, Gilles Vigneault aura mis sur pied un récital, qu’il produira ensuite en première partie de Félix Leclerc.

Celui qui n’avait jamais cru qu’il pourrait chanter en raison de sa voix éraillée venait ainsi d’initier sa carrière de chansonnier, probablement l’une des plus prolifiques que le Québec n’ait jamais connue, à tel point que cet orfèvre des mots est devenu un véritable monument national en produisant une œuvre aussi exceptionnelle qu’incontournable. Qui ne connaît pas La Manikoutai, Les gens de mon pays, Gros Pierre, Tout le monde est malheureux, La danse à Saint-Dilon, J’ai planté un chêne, Gens du pays et autres Reel du portageur ? D’ailleurs, rien ne semble pouvoir freiner le plaisir que Vigneault éprouve à chanter sur scène, bras dans les airs et blanche tignasse au vent, ces gens de ce pays qui l’a vu naître et dont il a porté à bout de bras, et porte encore, tout à la fois la mémoire et le projet d’avenir.

À ce jour, Gilles Vigneault a créé quelque 400 chansons, enregistré plus de 60 albums, s’est produit sur presque toutes les scènes du Québec et donné une multitude de spectacles en France et en Europe. Si la quasi-totalité des Québécois connaissent Vigneault le chansonnier, peu d’entre eux savent qu’il est aussi poète, conteur et éditeur, qu’il a fondé sa propre maison de production de disques et qu’il a rédigé au fil des années une importante œuvre littéraire qui compte plus d’une cinquantaine de titres.

En 1965, Gilles Vigneault écrit Mon pays, qui est reconnue comme étant la plus belle chanson francophone jamais écrite au Québec. S’il ne fait aucun doute que Gilles Vigneault ait toujours été un ardent défenseur de la souveraineté du Québec, projet qu’il a souhaité, insufflé, partagé et réitéré, le rôle qu’a joué sur l’échiquier national celui qui affirmait que « la notion de pays, cela se porte à l’intérieur de soi, comme la conscience », est d’autant plus important qu’il a très tôt servi de catalyseur à un mouvement naissant que sa chanson a nourri et porté sur toutes les tribunes.

Son engagement pour la préservation de la langue française est un pilier au moins aussi important de son implication politique. D’ailleurs, Vigneault dira à ce sujet qu’ : « On est de son langage comme d’un pays. » Simples et colorés, les mots de Vigneault puisent leur force et leur mélodie dans son enfance à Natashquan. Acte de nommer qui simultanément définit celui qui écrit comme ceux que la plume invente, la poésie est chez Vigneault un acte de résistance en même temps qu’une façon d’exister.

En près de cinquante ans de carrière, Gilles Vigneault a créé une œuvre immense et d’une rare cohérence, offrant à son vaste public la beauté de ses images, la richesse de sa langue, le portrait de tout un village, la mémoire du pays et la profondeur de sa conscience. Loin d’abdiquer face à l’effritement des repères, au double échec référendaire, aux menaces écologiques, à la marchandisation du monde, aux inégalités sociales et aux injustices, Gilles Vigneault fonde son espoir en ceux qui suivent et leur transmet une part de son précieux héritage, l’endurance des pionniers comme la patience des insulaires, une soif de dire qui jamais n’a entamé sa capacité d’émerveillement, toujours tapie au fond de son œil bleu de mer.

Pour en savoir plus sur Gilles Vigneault et son oeuvre

À consulter: L'interview :
Liens externes :

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