Si le cœur de l’Acadie bat plus vigoureusement que jamais, cela n’est pas étranger au fait qu’Antonine Maillet lui aura apporté une véritable bouffée d’oxygène. Malgré les tragédies vécues par le peuple acadien, le souffle créateur d’Antonine Maillet aura présenté, dans ses romans et son théâtre, une Acadie dynamique et non pas victime de l’Histoire.
Antonine Maillet est née en 1929 dans le village de Bouctouche, au Nouveau-Brunswick. Elle vivra une enfance heureuse malgré les difficultés engendrées par la Grande Dépression et une lutte constante pour préserver sa langue maternelle. Une enfance bercée par les contes et la tradition orale de l’Acadie. Des influences majeures qui marqueront grandement l’écriture de Maillet.
À l’adolescence, Antonine Maillet quitta son village natal pour aller étudier à Memramcook, puis à Moncton. Au couvent, la jeune Maillet fit la rencontre de la religieuse Jeanne de Valois, directrice de l’établissement. Cette femme dynamique, combative, exercera une influence considérable auprès d’Antonine Maillet et de nombreuses autres jeunes étudiantes. Ce noyau de femmes préparait déjà la renaissance de l’Acadie.
Âgée de 21 ans, Antonine Maillet entra en religion sous le nom de Sœur Marie Grégoire. Un choix religieux évidemment, mais également culturel et même nationaliste, qui lui permettait de se consacrer à l’enseignement et à l’écriture. Son but : transmettre la culture à son peuple. Quelques années plus tard, Antonine Maillet revint à la vie laïque, mais continua cependant son travail pédagogique en complétant des études littéraires et en enseignant par la suite à Québec et à Montréal.
Parallèlement à sa carrière académique, Antonine Maillet commença à publier une œuvre qui s’avère majeure dans la littérature contemporaine. Déjà en 1958, Maillet publia Pointe-aux-Coques, roman de mœurs acadiennes qui lui valu de nombreux prix. Mais c’est en 1971 que la femme de Bouctouche frappa un très grand coup. La création et la présentation de sa pièce de théâtre La Sagouine représenta un immense bond en avant pour les Acadiens qui, à travers les monologues de cette pauvre femme, affirmaient leur existence et leur soif de reconnaissance. Monologues d’humour mais aussi de colère, la pièce La Sagouine fut suivie par de nombreuses autres créations théâtrales, toujours servies par une langue populaire et vivante. Parmi celles-ci, notons Évangéline Deusse, Gapi et Sullivan, et La veuve enragée.
Cette langue de l’Acadie, et la tradition orale du pays, furent le ferment de l’œuvre romanesque d’Antonine Maillet. C’est ainsi que le monumental roman Pélagie-la-Charrette repose sur une longue narration à plusieurs voix de l’épopée héroïque d’une famille acadienne déportée. Ce roman, qui célèbre l’histoire et la transmission orale d’un peuple, vaudra en 1979 le prestigieux Prix Goncourt à son auteur. Une immense récompense qui rejaillit sur toute l’Acadie et le Canada français.
Reconnue internationalement, l’œuvre d’Antonine Maillet regroupe de nombreux autres romans importants : Les cordes-de-bois, Le huitième jour ; Le chemin Saint-Jacques, Madame Perfecta, ou encore Le mystérieux voyage de Rien. Au fil de plus d’un demi-siècle d’écriture, Antonine Maillet a puisé son inspiration dans ses années de jeunesse et dans sa quête continuelle des origines. Proposant des thèmes autobiographiques, des réflexions sur la création littéraire, ou sur la mémoire, Antonine Maillet n’a de cesse de se renouveler, afin de mieux transmettre.
Leméac éditeur
Éditeur des oeuvres d’Antonine Maillet